Que ce soit suite à un « craquage » (physique, psychologique, cognitif,…) et/ou suite à une consultation auprès de votre médecin ou d’un psychiatre/psychologue, le diagnostic d’épuisement professionnel est tombé.recuperation

Etape 1 : récupérer

L’urgence n°1 est de récupérer l’énergie physique : arrêter le travail, se reposer, dormir sont indispensables. Cette phase est souvent difficile à accepter (surtout pour les « sois fort ») et pourtant, pour reprendre la métaphore de Sabine Bataille, « comme un téléphone portable déchargé, il faut attendre un certain temps avant qu’il ne puisse émettre un nouvel appel- si vous appelez avec votre téléphone branché sur batterie, vous ralentissez l’accumulation d’énergie ». Il vous faut donc accepter le fait que vous êtes épuisé(e) et qu’il faut vous reposer. Il faut signaler, pour l’entourage, que cette phase d’acceptation est souvent très coûteuse pour la personne souffrant d’un burn out, l’arrêt étant vécu comme « un arrêt de jeu déshonorant ».

Seulement après avoir récupéré un minimum d’énergie physique, vous pourrez récupérer vos ressources cognitives et intellectuelles et vous stabiliser émotionnellement, phase nécessaire pour prendre des décisions.

Dans ces phases de récupération, il vous faudra sans doute vous faire aider par un médecin généraliste, un psychiatre, un psychologue, un sophrologue, …avec éventuellement une prise en charge médicamenteuse et/ou thérapeutique. Sport, respiration, cohérence cardiaque, méditation pleine conscience, hygiène de vie, pensée positive seront des alliés précieux.

Etape 2 : se reconstruire

Une règle générale : plus vous avez lutté longtemps, plus votre reconstruction prendra du temps.

La reconstruction passe par deux dimensions : le temps et l’espace

  • Le temps : il vous faut prendre conscience de votre rapport au temps et réfléchir aux frontières que vous établissiez entre vie personnelle et vie professionnelle. Au moment du burnout, on remarque très souvent une survalorisation de l’urgence et en parallèle une perte de vue du futur : les actions sont à court termes, centrées sur les retards, les délais.
  • L’espace : avoir un endroit où se retirer après un épuisement professionnel est une condition essentielle ; il vous faut identifier les espaces qui vous protègent, où vous vous sentez en sécurité. Ce lieu sera souvent, dans un premier temps, le cabinet du médecin ou du psychologue, voire l’hôpital, pour ensuite évoluer vers un « repaire », lieu où la personne a le sentiment de retrouver une partie de son identité. Une salariée que j’ai reçue récemment et qui travaillait à distance, avait pris conscience que son salon était désormais associé au travail. Impossible alors de se sentir en sécurité et en sérénité sans réorganiser cet espace.

Il vous faudra comprendre les facteurs qui ont été toxiques pour vous :

  • Quels sont vos facteurs de stress dans votre travail ?
  • Quel est votre propre mode de fonctionnement qui a fait que vous ne vous êtes pas arrêté(e) plus tôt ?
  • Quels sont vos besoins et vos valeurs ? quels sont ceux qui ont été malmenés ?

Etape 3 : reprendre le travail

Une règle : ne pas reprendre le travail sans que quelque chose ait changé dans votre fonctionnement et/ou dans vos conditions de travail.

Avant de « remonter sur scène », il vous faut « réécrire le scénario » selon 5 dimensions :

  • Son rapport au temps : en passant d’un temps quantitatif (faire un maximum de choses) à un temps qualitatif (profiter du temps, avoir du temps pour soi et pour les autres,…).
  • Son rapport à l’espace : en identifiant un endroit ressourçant et en créant, si besoin, une séparation plus nette des espaces privés et professionnels.
  • Son rapport au travail : en réfléchissant sur le sens du travail (pour quoi je travaille ?), à l’adéquation (ou non) entre ses propres valeurs et celles portées par le secteur d’activité, l’entreprise et en réfléchissant aussi à l’adéquation entre ses propres compétences et les missions demandées par le poste (sur ou sous dimensionné ?). Il vous faut reprendre confiance dans vos compétences. Vous n’avez pas perdu vos compétences, au pire elles se sont mises en sommeil. C’est votre capacité à exercer vos compétences qui a été touchée, pas vos compétences. Un bilan de compétences peut être un des moyens pour en reprendre conscience.
  • Son rapport aux autres : peut-être vous faudra-t-il apprendre à dire « non » : non à des sollicitations excessives, irréalistes, illégitimes, opposées à vos valeurs, mais aussi « non » au fait de se sentir indispensable. L’affirmation de soi peut être un outil précieux dans ce sens, en suivant une formation ou en lisant « Affirmez-vous » de Frédéric FANGET.
  • Son rapport à son soi : en (ré)apprenant à percevoir les signaux « stop, je ralentis » que peuvent envoyer son corps et son esprit.

Puis, il vous faut décider de ce que vous allez changer dans votre vie : changer de métier, d’entreprise ? Rester dans la même structure et si oui en changeant quoi ?

Une femme sur 3 victime d’un burnout décide de passer à 80%, d’autres personnes décident de s’organiser différemment (faire moins de déplacements ou de réunions, partir plus tôt, arriver plus tard, ne plus apporter de dossiers à la maison,…).

 Dans tous les cas, n’oubliez pas de réfléchir concrètement aux conséquences que vos décisions impliqueront pour vous et pour votre entourage : un passage à 80% entrainera des conséquences financières pour toute la famille, une reprise de formation impliquera moins de temps en famille dans un premier temps,…A vous de peser les avantages et inconvénients de chaque décision.

Etape 4 : prévenir les rechutes après la reprise du travail

Une règle : Le risque de rechute va être corrélé à une reprise trop rapide du travail.

Pour éviter la rechute, il vous faudra « trouver la juste mesure entre vos besoins, vos valeurs, votre ambition, vos compétences et vos nouveaux enjeux » (mais ne serait-ce pas la définition du bien-être au travail qui pourrait s’appliquer à chacun d’entre nous ?). Pour rendre cette équation encore plus complexe, il faudra tenir compte de votre personnalité mais aussi de votre entourage.

Voici quelques questions indispensables à vous poser :

  • Quel sera votre signe d’alarme ? A quoi verrez-vous que vous entrez à nouveau dans cette spirale ?
  • A ce moment-là, comment prendrez-vous du recul ? Vers qui vous tournerez-vous ?
  • Quelle sera votre action protectrice à mettre en place de toute urgence ?

Les réponses à ces questions pourront être verbalisées de la façon suivante « dès que je …., alors il faudra que je… ». Vous pourrez identifier une personne bienveillante de votre entourage, qui sera chargée de vous rappeler ce contrat.

Enfin, n’oublions pas que l’entreprise elle-même devrait mettre en place, de façon conjointe, des actions de prévention lors de la reprise du travail, actions que je vous invite à découvrir dans le prochain article.

Si vous souhaitez allez plus loin dans la découverte de ce sujet, je vous invite à lire le livre de Sabine Bataille « Se reconstruire après un burn-out », Interéditions, dont sont extraits les passages de cet article cités entre guillemets.

2 réponses à L’épuisement professionnel (2) : se reconstruire

  • C’est un très bon article, très réaliste. Pour avoir vécu un épuisement professionnel il y a peu de temps je me reconnais complètement dans ce qui vient d’être dit. J’ai pu éviter le burn out complet grâce à des médecins (du travail et mon généraliste) qui m’ont arrêté avant la catastrophe. La phase qui suit le repos n’est pas facile, il faut trouver les outils qui vont aider à se reconstruire. Je me suis tourné vers la sophrologie qui m’aide beaucoup pour prendre du recul sur les évènements, reprendre confiance en soi et savoir écouter son corps pour ne pas dépasser les limites et faire une rechute.
    La phase de prise de décisions est également importante mais pas facile à faire, il faut remettre en cause (ou en balance) certaines choses que se soit de la sphère privée ou professionnelle.
    Merci encore à Mme Morin pour son soutien….

    • Merci madame pour votre commentaire, et bravo à vous d’avoir le courage d’en parler sur un blog. Je remarque encore trop souvent des personnes qui ressentent de la honte (Sabine Bataille parle de « chagrin d’honneur ») , et c’est une double peine pour elles. Grâce à des témoignages comme le votre, et j’en entends de plus en plus lors de formations ou de conférences par exemple, j’espère que peu à peu ce sentiment diminuera… belle continuation à vous surtout

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