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Le temps passe trop vite

Vous êtes peut être en train de vous dire : « bon, je lis juste le début mais je n’ai pas le temps de lire l’article en entier »…eh oui, comme  environ 80 % des français, à l’heure actuelle, vous avez le sentiment de manquer de temps.lapin montre

Les outils numériques et technologiques permettent de faire toujours plus et plus vite mais que faisons-nous de ce temps « gagné » puisque, au final, nous avons l’impression d’avoir moins de temps ? L’excellente revue « cerveau et psycho » s’est penchée sur le thème du « cerveau face au manque de temps » dans son numéro de janvier/février 2014 et je vous propose un résumé de ce dossier.

 Une modification de la perception du temps

C’est toute notre société qui se transforme : des marchés financiers qui s’ajustent à la microseconde, des décisions de rentabilité à très court terme dans les entreprises, un rythme croissant de l’innovation dans le domaine des transports, de la communication et de la production. Notons  qu’en parallèle, le temps hors travail a considérablement augmenté : en un siècle, il est passé de 12% de la vie éveillée d’un homme à 40%.

Les technologies de la communication (messagerie électronique, smartphones, internet) ont instauré l’instantanéité, dont découle une exigence d’immédiateté ; des salariés me racontent régulièrement qu’un collègue prend son téléphone 30 minutes après avoir envoyé un mail en disant « ben, tu n’as pas reçu mon mail ? ». De cette exigence d’immédiateté (= avoir une réponse dans l’instant) va découler l’urgence (= je dois le faire tout de suite). L’impression de tout faire dans l’urgence et dans la rapidité va nous donner un sentiment de manque de temps et donc d’accélération du rythme de vie. Je suis personnellement troublée d’entendre ma fille adolescente se plaindre de ne pas avoir « vu passer  les semaines depuis le début de l’année » ; je ne sais pas vous, mais moi adolescente j’étais plutôt à me plaindre que le temps passait trop lentement….

Ajoutons à cela que, si les nouvelles technologies permettent de gagner du temps, elles en dévorent beaucoup aussi (j’envoie 10 mails en 15 minutes mais je vais en passer 30 sur internet à zapper d’une information à l’autre).

 Des conséquences dans le travail

L’urgence, autrefois cantonnée au domaine médical, est donc entrée dans l’entreprise entrainant un stress intense à la fois dans la vie professionnelle et personnelle. Ce rapport différent au temps va entrainer plusieurs conséquences :

– une diminution de l’efficacité : une expérience montre que si on laisse à des volontaires le même temps pour réaliser un test et qu’on dit aux uns « vous disposez de largement de temps pour ce test » et aux autres « le temps dont vous disposez sera sans doute insuffisant », les résultats obtenus sont moins bons dans le second groupe. Le sentiment de ne pas avoir assez de temps est  un facteur de stress, et comme nous le savons désormais, le stress entraine une diminution de la performance.

– une impression de perte de la qualité : le fait de ne pas avoir le temps d’approfondir ses dossiers donne un sentiment de faire un travail médiocre et ne pas pouvoir développer de nouvelles compétences.

– des difficultés à déterminer ses priorités de travail. Lors des formations de gestion du stress, quand nous abordons la notion de priorisation, la majorité des stagiaires répond qu’il faut faire ce qui est urgent avant ce qui est important…je vous invite à (re)découvrir la matrice d’Eisenhower où la priorité est donnée à l’importance (si je ne le fais pas, les conséquences sont graves) plutôt qu’à l’urgence (c’est à faire avant telle date). Il est évident qu’il faut donner la priorité aux choses urgentes ET importantes mais mieux vaut déléguer les choses non importantes et urgentes afin de démarrer les choses importantes non urgentes (quand la délégation est possible bien entendu…).

– une diminution de la créativité : très difficile d’être créatif en regardant sa montre….

 Des conséquences sociales

Les conséquences ne se limitent pas au monde du travail et sont observables dans la société en général :

– une modification des valeurs : des valeurs, jugées essentielles par beaucoup jusque-là, telles la fidélité, l’engagement et la loyauté, sont mises à mal dans une société basée sur l’immédiateté. Les individus ont plus tendance à entretenir des liens éphémères et perdent ainsi la notion de stabilité et de sécurité, ce qui peut générer de l’anxiété.

– une difficulté à faire des projets : à être trop ancré dans le présent, on ne peut pas avoir une vision de son avenir.

– un développement des « intolérances à l’attente » et de l’impulsivité. On observe de plus en plus de colère parce que « ça ne fonctionne pas comme je veux, quand je veux »….

 Pourquoi et comment “ralentir” ?

Il ne s’agit pas de rejeter tout ce qui va vite car le fait de faire rapidement les choses augmente les ressentis émotionnels positifs ; on se sent plus alerte, enthousiaste ; « la vitesse serait au cerveau ce que le sucre est à l’estomac : une source de plaisir immédiat ». Il s’agit juste de se réapproprier certaines plages horaires pour se poser. Les périodes d’apparente inactivité du corps (rêveries, pause) sont essentielles à notre cerveau pour traiter des informations en les réorganisant, les reliant, les répartissant …bref, tout ce qui nous permettra d’avoir une meilleure mémoire.

Quelques recommandations :

– réfléchir à ses priorités dans la vie et se recentrer sur les choses essentielles

– respecter des plages incompressibles pour manger, prendre ses repas assis, avec un téléphone déconnecté

– rétablir une frontière entre vie personnelle et vie professionnelle (…méfiance avec les smartphones…)

– ne pas s’éparpiller (la règle d’or d’une tâche à la fois)

– (ré)apprendre à cultiver la patience : économiser pour acheter, rêver de projets, attendre la saison pour consommer des fruits et légumes,…

– garder du temps pour satisfaire sa curiosité, pour rêvasser, prendre un thé avec des amis (…non virtuels…)

– se programmer des plages de quelques minutes dans la journée pour respirer, méditer, se relaxer. Il est possible que vous soyez alors également gagnant en termes de sommeil car les troubles du sommeil seraient en partie dus au fait que nous ayons du mal à quitter l’état d’excitation quasi constant du mode de vie actuel.

– s’inscrire à une formation de gestion du temps qui vous permettra d’identifier votre relation au temps, de réfléchir à vos priorités et de développer quelques outils de gestion du temps (définir des objectifs, prioriser, planifier) tout en adaptant ces outils à votre personnalité et à votre contexte.

 

Je prendrai le temps de terminer cet article par une citation extraite d’une chanson que j’affectionne particulièrement « la robe et l’échelle » de Francis Cabrel : « A la vitesse où le temps passe, le miracle est que rien n’efface l’essentiel »

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