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Travail de nuit

 

A l’heure du débat sur le travail le dimanche, je vous propose un point sur les conditions de travail des salariés qui travaillent en horaires atypiques, c’est-à-dire de nuit (entre 21h et 6h), en posté ou le weekend, sachant que ce sont près de 2 salariés sur 3 qui sont concernés par cette situation.

Travail de nuit : Avantage ou inconvénient ?

horairesLe travail en horaires atypiques peut être imposé mais également choisi parce qu’on y trouve un avantage financier ou familial (salaires plus élevés, plus de repos, horaires permettant de s’occuper de ses enfants le matin,…).

L’absence de hiérarchie la nuit ou le dimanche peut être vue comme un avantage (plus de liberté) ou comme un inconvénient (manque de soutien et de reconnaissance, isolement).

Il faut préciser que ce type d’horaires pénalise souvent l’évolution de la carrière : le salarié est moins « visible » et a accès à moins de formations.

Aspects pratiques liés au travail de nuit

Avec la levée de l’interdiction du travail de nuit des femmes en 2001, des besoins nouveaux en termes de garde et de soins aux enfants sont apparus. Or, il est difficile de trouver des gardes d’enfant le soir ou le weekend, voire à temps partiel dans la journée pour permettre de se reposer.

Un autre problème concerne les déplacements  pour les salariés ne disposant pas d’un véhicule : peu d’offres de transport la nuit ou le dimanche, temps de trajet plus importants, risques d’agression plus élevés la nuit. Si le salarié dispose d’un transport individuel, le risque de trajet la nuit est supérieur car on constate un taux maximum d’accidents automobiles entre trois et cinq heures du matin, au moment du cycle où l’endormissement est très rapide.

Conséquences du travail de nuit sur la santé

Dans le cas d’un poste de nuit, on observe souvent une « dette de sommeil ». Ainsi, 60% des salariés de nuit se plaignent de troubles du sommeil : 30% souffrent d’insomnie et 15 à 20% de somnolence. Les suites logiques de ce manque de sommeil seront de la fatigue ressentie, une baisse de la vigilance et par conséquent un risque augmenté d’accident du travail ou de trajet. 17 heures continues d’éveil équivalent à une alcoolémie de 0,5g/l (et 24 heures d’éveil équivalent à une alcoolémie de 1g/l…).

La désynchronisation de notre «horloge biologique » a aussi pour conséquences irritabilité, troubles digestifs, maladies cardiovasculaires et même troubles dépressifs.

Conséquence plus inattendue, voire méconnue, l’incidence du cancer du sein serait plus élevée chez les femmes travaillant de nuit. Cette pathologie est ainsi reconnue maladie professionnelle pour les travailleuses de nuit au Danemark depuis 2007.

Le seuil de dix à quinze ans de travail de nuit, avec 200 nuits de travail par an, ou de travail en horaires alternants ou atypiques serait celui au-delà duquel les dégâts sur la santé seraient irréversibles (données ANACT).

Mesures de prévention

  • Une première mesure de prévention serait d’avoir uniquement des salariés volontaires et « éduqués » pour le travail de nuit  (éducation à l’hygiène de vie, cycles de sommeil, habitudes alimentaires,…). L’institut national du sommeil et de la vigilance édite des carnets pratiques, dont un carnet sur « sommeil et travail ».
  • Signalons l’existence de techniques de « réactivation » qui consistent à stimuler le salarié en jouant sur la diversification des tâches réalisées ou sur l’environnement (lumière, musique, température,…). Notre horloge biologique étant essentiellement synchronisée par des cycles lumière/obscurité, des études médicales ont ainsi montré qu’en utilisant une lumière plus forte en début de poste de nuit et plus faible au moment de rentrer chez soi le matin, l’impact négatif sur la santé était moindre.
  • Agir sur les horaires et les rythmes :

–          Veiller au sens des rotations : le sens « matin/midi/soir » a été prouvé moins nocif que le sens inverse.

–          Proposer une nuit du vendredi plus courte (4 ou 5 heures) pour préserver le weekend

–          Permettre d’écouter ses propres rythmes : Il serait intéressant de laisser au salarié une marge de manœuvre quant au choix de l’heure de pause, voire d’autoriser une sieste (environ 20 minutes entre 23h et 2h30). Les études montrent, dans ces conditions, une augmentation de la concentration et une diminution de l’énervement. L’entreprise y a donc un intérêt en termes de productivité et de diminution des risques d’accidents du travail.

–          Changer les horaires : Les horaires 3×8 en production les plus souvent pratiqués sont 5h-13h/13h-21h/21h-5h. Or, au Canada, ils sont souvent décalés d’une heure (avec prises de poste à 6h, 14h et 22h). Ce simple décalage d’une heure pourrait permettre de gagner en qualité de sommeil (…très différent de se lever à 4h ou à 5h le matin…) mais de gagner au niveau du temps familial (plus de possibilités de prendre les déjeuners et diners en famille).

Ayant une âme « d’expérimentatrice », je m’engage à réaliser gracieusement un questionnaire d’évaluation en termes d’impact et de satisfaction pour la première entreprise qui accepterait de décaler ces horaires postés.

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