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Stigmatisation : danger!

C’est encore sous le coup d’une forte émotion (mélange de tristesse, colère, dégoût et peur), suite à l’horreur de la nuit dernière, que je prends le clavier pour vous présenter mes réflexions nées en entendant des réactions d’auditeurs concernant « les jeunes », « les musulmans ». Pourquoi ce post sur un blog de santé au travail ? Parce que le monde du travail est une représentation de notre société et que ces réflexions issues de la psychologie sociale sur la stigmatisation sont applicables dans l’entreprise, les collectivités et de façon plus générale dans la société.

Pourquoi stigmatiser ?stigmatisation

Parce qu’en tant qu’êtres humains nous avons besoin de simplifier le monde qui nous entoure, nous établissons différentes catégories de personnes auxquels nous attribuons des caractéristiques communes, c’est ce qui s’appelle une représentation sociale. Parmi la multitude d’informations dont nous disposons par rapport à une catégorie, nous en sélectionnons certaines, sélection qui dépend de notre contexte social et culturel. Lorsque nous rencontrons des personnes appartenant à un groupe identifié, nous avons tendance à leur attribuer d’emblée ces caractéristiques présélectionnées, ces croyances préétablies étant appelées des stéréotypes … ces jours-ci ce sont « les jeunes n’ont plus de valeur », « les musulmans sont extrémistes », dans le monde du travail ce sera « les handicapés sont moins productifs », « les seniors s’adaptent peu au changement »,…

Ces représentations sociales vont  parfois être à l’origine d’attitudes stigmatisantes (distance sociale, méfiance, peur) et de comportements discriminatoires (rejet, exclusion).

Autre explication, notre société, notre culture française nous pousse à la recherche du « pourquoi » des choses et donc indirectement de « responsables » et de «coupables » là où l’école systémique va plutôt se centrer sur « ce serait comment si on dépassait ce problème ? ».

Quel est le danger de stigmatiser ?

Tout d’abord parce que nos stéréotypes vont « s’autorenforcer » : nos croyances sont biaisées par l’activation d’une petite zone de notre cerveau (le système réticulaire), zone qui s’active en fonction de notre intérêt : une femme enceinte va s’étonner de voir autant de femmes enceintes en même temps qu’elle, un homme qui choisit d’acheter un modèle x de voiture, va en voir plus sur la route. Ce système fonctionne comme une torche qui va mettre particulièrement en lumière ce que je recherche, ce qui m’intéresse ou qui au contraire me fait peur. Si on pense que les jeunes sont tous des…. , c’est effectivement cette caractéristique que l’on repérera. Moi qui suis convaincue que les jeunes ont encore des valeurs fortes, je vous garantis que chaque semaine je vois des jeunes tout à fait polis, capable de laisser leur place dans les transports en commun, s’intéressant aux autres,….

Autre risque : l’effet  Pygmalion ou « comment je deviens ce qu’on pense de moi (en positif ou en négatif) ». Dans une expérience où douze rats ont été séparés au hasard en deux groupes égaux, on donne chaque groupe de rats à six étudiants chargés de les faire traverser un labyrinthe. Le premier groupe est informé que leurs rats sont sélectionnés d’une manière extrêmement sévère (ce qui est faux) et que l’on doit donc s’attendre à des résultats exceptionnels de la part de ces animaux.

Le second groupe est informé que leurs rats n’ont rien d’exceptionnel et que pour des causes génétiques, il est fort probable qu’ils auront même du mal à trouver leur chemin dans le labyrinthe.

Les résultats ont été étonnants car ils ont confirmé la prédiction faite aux étudiants, certains rats du second groupe ne quittant même pas la ligne de départ. Après analyse, il s’avère que les étudiants qui croyaient que leurs rats étaient particulièrement intelligents, leur ont manifesté de la sympathie, de la chaleur, de l’amitié, et inversement. Ce phénomène sera observé dans de nombreuses autres expériences auprès d’enfants et dans le monde du travail. En pensant que quelqu’un possède une caractéristique, nous changeons notre propre attitude vis-à-vis de cette personne, et l’influençons de telle sorte qu’il va effectivement acquérir cette caractéristique ou l’exprimer de plus flagrante façon. Danger donc à porter des regards négatifs !

Quelle solution ?

–  pour sortir des stéréotypes concernant un groupe social, le mieux est d’aller à la rencontre des personnes de ce groupe pour se rendre compte qu’il n’est pas possible de généraliser. La diversité en entreprise (la mixité de façon générale) est donc une solution en ce sens.

Je vous invite à aller sur le site de ADIA, qui se positionne dans la lutte contre les discriminations à l’embauche avec une campagne d’affichage  : adia-la-reference-en-matiere-de-lutte-contre-la-discrimination/

– sortir d’une culture de recherche de coupable pour aller vers une culture de recherche de solutions.

 

Si, comme moi, vous pensez que nous pouvons tous être acteur de notre société et que cet article peut être utile en ce sens, merci de diffuser cette information autour de vous.

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